VIVRE DANS UNE RÉSIDENCE POUR AÎNÉS QUAND ON A 65 ANS… L’OFFRE RÉPOND-T-ELLE À LA DEMANDE?

Par Johanne Cottenoir

Les résidences sont soumises, comme toutes les entreprises, à la loi de l’offre et de la demande. Elles offrent leurs services sur un plateau d’argent, à grand renfort de promotions, afin de séduire l’aîné ou la personne vieillissante. Et pourtant, si certains propriétaires déclarent fièrement qu’ils ont une « liste d’attente », nombreux sont ceux qui doivent affronter un taux d’inoccupation très élevé.

LES RÉSIDENCES D’AÎNÉS RÉPONDENT-ELLES AUX BESOINS DES BABY BOOMERS?

Lorsque je discute avec les « baby boomers » qui atteindront 65 ans vers 2011, plusieurs me disent vouloir profiter pleinement de la vie en réalisant «des projets de loisirs et voyager ». Pour d’autres, il s’agit de se trouver un emploi à temps partiel et faire de petits voyages. Il est à parier qu’une partie des baby boomers désirent d’ors et déjà un mode de vie qui leur donne cette liberté qu’ils sont en droit d’attendre. Après tout, ils ne sont pas si vieux! D’ailleurs, les publicités de résidences d’aînés présentent une image jeune de la clientèle visée, la résidence étant comme le reflet de ce dynamisme. Et pourtant, des alternatives aux résidences pour aînés existent bel et bien*. Que désirent les personnes qui auront 65 ans vers 2011 en matière de logement ?

VIVRE À LA MAISON… ENCORE ET TOUJOURS?

Nombreuses sont les personnes de 65 ans d’aujourd’hui qui disent vouloir encore vivre dans leur maison dans 10 ans, laquelle sera payée, et rémunérer des personnes pour son entretien. D’autres pensent vendre leur maison et acheter un condo ou aller vivre dans leur maison de campagne. Ceux qui vivent en loyer souhaitent rester dans le même logement et, s’il y a lieu, bénéficier des services de maintien à domicile. Parmi les futurs retraités qui n’ont pas de fonds de pension, plusieurs espèrent vivre dans une résidence pour personnes âgées à faible revenu (HLM). Quelle place les résidences d’aînés occupe-t-elle dans leurs projets de vie?

MOINS D’AÎNÉS DISPONIBLES

Rester à la maison le plus longtemps possible signifie donc que les exploitants devront attendre environ dix ou quinze ans avant de voir ces gens déménager dans leurs résidences d’aînés. Bien sûr, certains baby boomers y vivent déjà. Mais avouons qu’ils ne constituent qu’une faible part de cette population des 65 ans. Sur ce plan, il faut donc admettre que les résidences d’aînés ne s’adressent pas aux personnes qui ont présentement 65 ans ou, du moins, pas à la totalité des gens appartenant à cette tranche d’âge. À rappeler, donc, quand ils auront 75 ans. Et qu’en est-il dans ce cas des gens qui ont présentement 75 ans et plus ? Selon Kevin Hughes, économiste principal à la SCHL, le rythme de croissance de cette population ralentira au cours des prochaines années. «En effet, écrit-il, les gens qui arriveront dans ce groupe d’âge sont nés durant la grande dépression des années 1930, moment où la natalité avait temporairement diminué.»

Ainsi donc, le désir de rester à la maison des 65 ans et le creux démographique qui touche le groupe des 75 ans sont autant d’éléments à considérer quand vient le temps d’évaluer la demande. Et à cela s’ajoute fatalement la capacité de payer des baby boomers…

LA CAPACITÉ DE PAYER DES RÉSIDENTS

En effet, les personnes ayant présentement 65 ans et plus, contrairement à l’idée populaire, ne sont pas toutes riches! Les promoteurs sont pourtant à construire des résidences d’aînés à qui mieux mieux considérant manifestement cette clientèle comme une manne providentielle. Or le coût d’un studio est présentement d’environ 1 350,00 $ à 1 800,00 $ par mois, le tarif d’hébergement incluant l’électricité, le chauffage, le câble et un repas par jour…

Bien entendu, les gestionnaires de résidences n’ont pas le choix de hausser à chaque année le prix du loyer, puisque eux-mêmes font face aux augmentions des coûts d’électricité, de taxes, de salaires, de DAS et de la CSST, tout en risquant d’augmenter le taux de roulement ou d’inoccupation. Mais avouons que certains aînés ne pourront faire face à cette hausse de loyer et se tourneront vers d’autres résidences moins dispendieuses et offrant néanmoins le même service.

Tous ces éléments auront-ils un impact financier pour les gestionnaires de résidences privées pour aînés dans les années futures?

Sans chercher la recette miracle, devrait-on créer un « ticket modérateur » à la hausse du coût d’hébergement et des services à la carte sans couper dans le personnel et sans que le gestionnaire n’y perde sa chemise et les résidents leur qualité de vie ? Serait-ce un moyen de conjuguer les intérêts de l’un et de l’autre, de faire en somme se rencontrer, sur un terrain d’entente, l’offre et la demande?

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