LES RÉSIDENCES POUR AÎNÉS EN TANT QUE RESSOURCES POUR LES MUNICIPALITÉS

Un récent plaidoyer du RQRA en faveur d’un partenariat entre les résidences pour personnes âgées et le gouvernement soulève évidemment des questions au sujet de la nature que doit prendre ce partenariat (1). Et dans ce cas, c’est toute la question du poids que doit prendre le secteur privé dans un contexte du vieillissement de la population. Il y a évidemment plusieurs façons de voir la situation et donc plusieurs points de vue qui se côtoient ou même s’affrontent. Mais une chose est sûre : Chaque résidence pour personnes âgées se situe dans une municipalité et toutes les municipalités sont appelées à jouer un rôle important dans l’avenir de notre société dans la mesure où elles devront s’adapter au vieillissement de la population.

Alors, en quoi les résidences pour aînés peuvent-elles aider les municipalités à relever le défi que pose le vieillissement de ses membres ?

Nous avons trouvé un article assez récent qui fait état des défis auxquels devront faire face les municipalités de l’avenir et les multiples réflexions qui découlent de cet état de fait (2). Cet article ne parle donc pas uniquement de résidences pour personnes âgées mais il donne néanmoins une place significative au secteur privé.
L’intérêt pour nous provient de ce passage tiré de l’article en question :

Ces grands ensembles [les RPA] regroupent donc des ressources qui sont normalement situées en dehors du domicile des personnes âgées : ces dernières devraient généralement avoir à se déplacer, parfois sur de longues distances, pour y avoir accès. Ces équipements et services sont par ailleurs rarement regroupés les uns avec les autres, même dans un cercle commercial. (…) Ainsi, certaines résidences en viennent à combler les lacunes du milieu résidentiel mal conçu pour les personnes âgées en perte d’autonomie en « internalisant » ou en regroupant, sous un même toit que les domiciles des aînés, les services qu’ils utilisent le plus souvent. Plusieurs organisent aussi une navette pour aller au supermarché ou encore se rendre hebdomadairement au centre commercial (2) (p. 51)

Évidemment, ce passage ne parle pas des résidences privées plus petites dont il faudrait aussi évaluer l’apport. Mais il semble évidemment que celles dont on parle dans cet article résolvent un certain nombre de problèmes liés au vieillissement de la population et auxquels doivent faire face les municipalités. L’auteure parle en effet de

« Trois dimensions reliées au territoire [qui] interviennent et surtout interviendront dans la capacité du maintien à domicile des aînés en perte d’autonomie. Elles influent directement sur les conditions du soutien, soit l’ensemble des activités et des relations nécessaires pour répondre aux besoins physiques et émotionnels des personnes dépendantes (2) (p. 42)

La première dimension est la nature du soutien : dans le cadre de la relation entre l’aidant et l’aidé, tout le problème est en effet de permettre à l’aidant d’être auprès de l’aidé, et l’auteure soulève deux façons de procéder : 1) soit il y a transfert monétaire de la part du gouvernement, et alors l’aidé doit se déplacer vers l’aidant ; soit 2) il y a une offre de services sociaux et alors c’est l’aidant qui doit se déplacer. Mais dans les deux cas, il y a déplacements, et donc des coûts qui y sont liés.

La seconde dimension est l’évolution de la répartition de la population. Certains lieux sont en effet peu adaptés pour les gens devenus âgés : les commerces sont situés dans des centres commerciaux et donc éloignés du domicile, ce qui pose des problèmes pour ceux et celles qui ont perdu leur permis de conduire. De plus, les maisons avec jardins demandent de l’entretien, tâches qui sont évidemment de plus en plus ardues, à mesure que l’on vieillit.

Et la troisième dimension concerne la diminution d’enfants et l’éloignement de ces derniers (pour le travail) lorsque le temps est venu d’offrir à leurs parents les soins et les services dont ils ont besoin.

Tout cela peut sembler évident mais cela occasionne des problèmes énormes pour le développement des municipalités dans le futur. Consciente qu’il est moins couteux et plus « facile » de transformer l’existant que de recommencer à zéro, l’auteure parle d’un « remodelage en profondeur » qui doit être effectué (2) (p.47) et du « vaste éventail des domaines où les municipalités sont appelées à intervenir » tels que l’accessibilité des ressources, le développement de l’économie sociale (notamment pour les services à domicile), la diffusion de l’information, les démarches visant à faciliter l’accessibilité aux logements sociaux, aux résidences privées, aux CHSLD, etc. Il est à noter que ces défis relevant des municipalités ont été décrits dans le détail par le Secrétariat aux aînés et une partie du texte est d’ailleurs cité dans l’article en question (voir note 2 p. 46).

On comprend donc pour quelles raisons les résidences pour personnes âgées ont un rôle à jouer dans les municipalités.

Est-ce à dire que les RPA (ou, pour mieux dire : le secteur privé) est l’unique réponse aux besoins futurs des municipalités? Bien sûr que non. Pour l’auteure, par exemple, les résidences privées mènent à l’inégalité, puisque certaines personnes âgées n’ont pas les moyens d’aller y vivre  et ainsi, le poids est déplacé vers les municipalités plus pauvres, car, autre problème, la richesse des municipalités n’est pas répartie également entre elles. Mais en définitive, pour les questions qui nous occupent, l’auteur décrit bien la problématique en ces termes :

D’abord, qui prend soin : L’État, la communauté, la famille ou le marché ? Dans les trois derniers cas, avec ou sans un appui financier de l’État ? Qui finance ou paye : l’individu, la famille (par ex. : les enfants adultes), l’État ou l’employeur (avant la retraite par le biais de cotisations à des mutuelles de services) ? De quelle manière et où le soin est-il rendu ? Le partenariat entre ces acteurs est au cœur des régimes du bien-être et de leur reconfiguration (2) (p.51)

Évaluer l’apport des résidences pour personnes âgées dans le développement des municipalités de demain n’est donc pas aisé. Et d’autres ressources sont aussi appelées à collaborer, comme les logements sociaux, qui semblent être de plus en plus la solution, car, selon un article récent, on construit de moins en moins de logements locatifs privés dans plusieurs régions du Québec, (3). Mais le même article fait un constat encourageant pour le cas des RPA, du moins pour ce qui est de Montréal :

Si on exclut les résidences pour personnes âgées, on peut affirmer qu’à Montréal, la construction de logements locatifs, en particulier pour les familles, repose essentiellement sur les coopératives. (3)

Les coopératives ont donc un rôle à jouer (notamment pour les personnes âgées plus pauvres) mais la vitalité des résidences privées est donc requise, et remettre ces dernières dans le contexte  municipal nous semble une façon intéressante d’en évaluer l’apport social, d’autant plus que, comme nous l’apprenait un communiqué de presse assez récent, 251 nouvelles municipalités ont entrepris la démarche Municipalité amie des aînés (MADA) et que, comme il est expliqué dans ce texte, « La collaboration des différents acteurs de la collectivité constitue l’une des conditions gagnantes de la démarche MADA » (4)

REFERENCES

(1) Voir BRP 68 : « Comment répartir les ressources pour promouvoir l’hébergement pour aînés? »
http://www.ftq.qc.ca/nouvelles/2250/Certification-des-residences-privees?langue=fr

(2) SÉGUIN, Anne-Marie, « Le rôle des municipalités dans le soutien à une population vieillissante : Vers une reconfiguration du système de soutien aux aînés », Diversité urbaine, Vol. 11, no. 1 (Automne 2011), pp. 39-58

(3) FRAPRU, « Le sort du logement locatif dépend de celui du logement social », 2juillet2012
http://www.frapru.qc.ca/spip.php?article955

(4) « La ministre Marguerite Blais annonce que 251 nouvelles municipalités et MRC entreprennent la démarche Municipalité amie des aînés »
http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Juillet2012/24/c2232.htm

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