COMMENT IMPLANTER UNE NOUVELLE RÈGLEMENTATION DANS UNE RÉSIDENCE POUR AÎNÉS ?

Cette question fait l’objet d’un article que nous avons découvert concernant des résidences pour personnes âgées situées en… Norvège ! Pourquoi les RPA de Norvège présentent-elles un intérêt pour les gestionnaires du Québec ? Comme vous le constaterez, en plus de satisfaire la simple curiosité, la comparaison entre le Québec et la Norvège réserve certaines surprises qui peuvent susciter bien des questionnements …

Disons en premier lieu que la Norvège, comme d’autres de pays, a promulgué depuis plusieurs années des règlements visant à mettre les résidents des résidences pour aînés au cœur même des décisions les concernant. Pour faire simple, les règlements portent sur seulement deux pages, sont écrits simplement et sont envoyés dans toutes les institutions. Les auteurs de l’article en question ont effectué des recherches sur deux unités de longue durée dont l’une se trouvait dans une petite ville et l’autre dans un village rural. La description du type de clientèle y résidant nous permet de conclure qu’il s’agit probablement d’une clientèle qui habiterait dans nos CHSLD.

L’intérêt de cette recherche nous semble résider dans le fait qu’en plus de décrire le travail des employées (ce sont toutes des femmes) auprès résidents (lequel travail ne diffère pas du travail qui est effectué dans nos CHSLD), les auteurs se questionnent sur comment ces employées acquiert le savoir-faire qui les habilite à travailler auprès de personnes âgées non autonomes. Ils ont noté que ces employées semblent savoir quoi faire sans avoir recours à des règles écrites : lorsque les chercheurs leur demande comment elles ont acquis ces connaissances auprès des résidents, elles répondent tout naturellement « we just know ». Très peu d’entre elles connaissent la nouvelle règlementation, malgré tous les efforts mis en œuvre, et pourtant, soulignent les chercheurs, certaines de leurs pratiques rejoignent étonnamment les pratiques décrites dans la règlementation.

Les chercheurs expliquent ce phénomène par deux éléments essentiels du travail des employées : il y a d’une part l’établissement d’une routine qui, sans être une assurance que les soins seront bien prodigués, a l’avantage de structurer le travail des employés et peut être aussi apprécié par les résidents si la routine n’est pas trop « envahissante » puisque ce peut être une façon de favoriser la participation des résidents à leurs propres soins, ce qui, justement, était le but de la nouvelle règlementation. Et d’autre part, il y a ce que les auteurs appellent après d’autres, l’ « habitus », c’est-à-dire une façon de penser et d’agir qui est partagée par un groupe et qui n’est pas le fruit de règles écrites préétablies. Les auteurs décrivent aussi les échanges fréquents, le plus souvent « oraux », entre les employés qui s’informent ainsi de l’évolution des résidents et s’instruisent entre elles sur les meilleurs pratiques pour s’occuper de chacun d’eux.

Tout cela fait que l’intégration de nouvelles règles est un défi de taille. Et pour y arriver, les auteurs suggèrent justement de les faire entrer dans la routine et l’habitus des employés.

Mais allons un peu plus loin dans l’observation de ces deux unités de soins de longue durée.

Disons tout d’abord que cette règlementation visant à mettre le patient au centre des décisions concernant les soins qu’on leur prodigue ressemble beaucoup à la distinction que l’on fait ici entre « milieu de vie » et « milieu de soins ». Et il semble que le débat qui l’entoure ressemble au débat que l’on perçoit ici. Nous en avons glissé un mot dans un article précédent (2). Mais l’organisation des unités de soins étudiées par les chercheurs (si du moins les chercheurs ont choisi des unités de soins représentatives de leur pays…) diffèrent de nos CHSLD par bien des points. Voyez plutôt :

  • Une infirmière avec deux préposés aux bénéficiaires (les auteurs parlent de « nursing aides » infirmières auxiliaires, mais il semble bien, selon les tâches qu’elles doivent effectuer, qu’elles sont l’équivalent de nos « préposées aux bénéficiaires »), s’occupent d’un groupe de 7 ou 8 résidents(p.4). Chaque « préposée » s’occupe donc d’environ 3 à 4 résidents !
  • On nous apprend qu’en Norvège, les préposées suivent une formation professionnelle de 3 ans et doivent recevoir l’approbation du gouvernement pour pratiquer (p.5)
  • Dans les unités étudiées par les chercheurs, de nombreuses employées y travaillent depuis plus de 10 ans et certaines d’entre elles ont même 20 ans d’expérience!

Quel est le secret ?

Il y aurait bien sûr d’autres choses à dire et nous vous invitons à lire cet article. Mais ces informations suffisent pour nous faire comprendre qu’il y a une différence par rapport à ce que nous vivons ici. Bien sûr, faute de temps, nous n’avons pu vérifier si, en Norvège, toutes les unités de soins de longue durée fonctionnent ainsi (s’il y a un spécialiste de la Norvège qui lit ces lignes nous lui prions de se lever). Mais il est difficile de ne pas faire de comparaison avec ce qui se passe ici au Québec. Citons simplement cette infirmière qui travaille dans un CHLSD de la Montérégie et qui déclare avoir régulièrement 24 résidents par jour à surveiller et à soigner, sans compter le roulement de personnel qui semble récurrent. Dans certains cas, une infirmière auxiliaire peut devoir s’occuper de nombreuses personnes âgées ayant de multiples pathologies (3)

Ainsi, on comprend un peu plus les besoins d’une régulation dans le contexte oû il y a pénurie et roulement de personnel. Mais on comprend aussi pourquoi, dans ces unités de soins de longue durée de Norvège, la régulation n’est pas tout, et que ces employés si expérimentées (et desservant un nombre restreint de résidents !) arrivent à pratiquer certaines règles inscrites sans même les avoir lues.

Il y a une étrange contradiction : il semble être difficile d’implanter de nouvelles règlementations dans un milieu bien structuré comme cela semble être le cas dans les deux RPA de Norvège. Mais qu’en est-il d’un milieu oû les employés, trop peu nombreux, doivent s’occuper d’un (trop) grand nombre de résidents ?

REFERENCES

(1) SANDVOLL, Anne-Marie, KRISTOFFERSEN, Kjell et Solveig HAUGE, New quality regulations versus established nursing home practice : a qualitative study, BMC Nursing 2012, 11:7 doi:10.1186/1472-6955-11-7
http://www.biomedcentral.com/content/pdf/1472-6955-11-7.pdf

(2) Voir “Comment créer un “milieu de vie’? La vision des préposés » dans BRP 57
http://www.richardperreault.ca/brp/57Web.html

(3) LÉVESQUE, Lia, « CHSLD : les infirmières dénoncent le manque de personnel »
http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201203/09/01-4503996-chsld-les-infirmieres-denoncent-le-manque-de-personnel.php

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ptBRP 65.2

 

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