DE QUOI EST CONSTITUÉ « UN MILIEU DE VIE » DANS LES RÉSIDENCES POUR AÎNÉS?

Un jour, une personne âgée a dit à une gérontologue qui l’interrogeait,
Vous savez, nous on a déjà été jeunes mais vous,
vous n’avez jamais été vieux (1).
Ces quelques mots révèlent toute la difficulté de se mettre « dans les souliers » des personnes âgées ; à moins bien sûr d’être soi-même une personne âgée ! D’où notre question: de quoi est constitué un milieu de vie ? Bien sûr, on sait que le concept de milieu de vie est généralement utilisé pour nommer des lieux qui accueillent des personnes en grande perte d’autonomie, et donc adaptés aux besoins très définis des résidents ; de plus,
Il apparaît de la responsabilité des professionnels de saisir et de valoriser l’individualité et l’originalité de chaque personne atteinte de démence et de créer un milieu de vie propice à l’expression du pouvoir de la personne âgée qui, rappelons-le, s’exerce entre autres par l’utilisation et la valorisation de ses compétences pour agir et influencer son nouveau de vie (3)

Mais il nous semble que le terme est de plus en plus utilisé dans le langage courant, notamment par les journalistes et les propriétaires de RPA eux-mêmes, qui tous n’accueillent pas toujours une clientèle en très grande perte d’autonomie. Ainsi, il nous semble que le terme « milieu de vie » subit une sorte d’extension ; il est de plus en plus utilisé pour décrire l’environnement des RPA accueillant une clientèle autonome et semi-autonome (voir par exemple la FADOQ). Comme si, de terme « spécialisé », il prenait peu à peu une place dans le vocabulaire générale et dans le langage courant.

Ainsi, force est d’admettre que, malgré l’apport des spécialistes (gérontologues, gériatres, etc.…), les personnes âgées elles-mêmes sont bien placées pour nous donner quelques éléments de réponse quant au milieu de vie dans lequel elles veulent vivre quand vient le temps de quitter la maison ou l’appartement.

Tout cela est évident : les résidents (ou leur proches quand ces derniers ne sont plus en mesure de le faire) ont le droit de s’exprimer. Mais au-delà du principe, il est toujours pertinent de relever une expérience intéressante. Or tout récemment, une expérience a été tentée, et dont les résultats prometteurs méritent qu’on les résume…

Le passé, porteur d’identité…

Le titre du projet parle de lui-même : « Réminiscence, quand le passé aide le présent ». De fait, le résultat a été de créer

Un environnement multisensoriel imprégné d’histoire, favorisant le dialogue et le rappel des lointains souvenirs – la réminiscence-, où les résidents seraient transportés au temps de leur jeunesse, avec la représentation ou l’exposition d’artéfacts d’une autre époque. (2)

Notons en passant qu’utiliser le passé des résidents comme un élément leur permettant de s’épanouir n’est pas nouveau. Ainsi, pour ce qui est des milieux de vie développés pour une clientèle en grande perte d’autonomie (démence), on peut utiliser un questionnaire, écrire l’histoire de vie de la personne ou travailler au moyen de « repères identitaires». Ainsi, l’approche biographique a

(…) pour objectif de mieux connaître la personne, à savoir ses habitudes, ses goûts, ses valeurs, ses expériences de vie, ses rôles sociaux et familiaux, ses passe-temps et ainsi de suite, ce qui réfère à la notion d’identité (3)

Ainsi donc, le passé demeure un élément clé dans le maintien de l’identité d’une personne hébergée. Revenons maintenant à notre projet. Vous pouvez lire un résumé du projet dans le dernier numéro de la revue Synergie produite par l’Association québécoise d’établissement de santé et de service sociaux (AQESS) (2). Et vous pouvez aussi lire un article plus détaillé sur le site Médiation culturelle dont le mandat est de promouvoir la culture pour tous(3).
Car, voyez-vous, ce projet est une collaboration entre le musée de la civilisation de Québec et le Centre d’hébergement!

L’histoire vivante des résidents… et du centre d’hébergement.

Il est intéressant de noter qu’à l’origine du projet, il y avait les professionnels du Musée qui cherchaient une nouvelle clientèle. Ils ont donc consulté les intervenants du CSSS puis le centre d’hébergement Loretteville. Par la suite, le projet a pris la forme d’un magasin général à la suite des rencontres des muséologues avec les résidents : ils avaient trouvé leur piste ! (3).

Durant la conception de la murale représentant le magasin général, l’artiste a questionné les résidents afin de savoir de quoi il serait constitué, quels sont les produits qui devaient être étalé sur les présentoirs, etc. De plus, une véritable exposition constituée d’objets appartenant aux résidents fut montée dans la RPA.

Par la suite, une évaluation de l’activité a été faite par une professionnelle du Musée afin d’en évaluer la validité, si bien que l’on peut considérer, avec l’un des auteurs consultés, que si le but était de « stimuler les fonctions cognitives supérieures de la clientèle hébergée »,

Un autre objectif non négligeable : créer une dynamique communautaire impliquant les résidents et leur famille, le personnel, les bénévoles et les membres de la direction.Parallèlement à ces intentions, un volet recherche a été greffé au projet » (2)

Et de fait, le projet a fait boule de neige. La confection de la murale étant dispendieuse, le magasin général du centre d’hébergement Loretteville a été reproduit sur des toiles amovibles.

C’est ainsi que le Musée a fait reproduire sur toile l’image du magasin général et ce sont près d’une dizaine de centres d’hébergement qui disposent aujourd’hui d’un décor amovible et du matériel d’animation produit par le Musée pour contribuer à raviver les souvenirs des personnes âgées en perte d’autonomie (3)

Voici ce que nous voulions relever dans ce projet :

1. Une RPA devrait toujours bénéficier de l’aide extérieure provenant de d’autres organismes, comme, ici, un Musée, qui offre son expertise et qui travaille conjointement avec un centre d’hébergement pour développer un produit adapté.

2. L’expérience décrite ici démontre également que les employés d’une RPA peuvent contribuer à l’élaboration de tels projets, puisque « L’ensemble des outils offerts aux centre d’hébergements est assez complet pour que le personnel même des CHLD prenne la relève à l’animation, diminuant d’autant le coût de l’activité, qui est pris en charge par les centres d’hébergement » (3).

3. L’importance de la recherche dans l’établissement de RPA de qualité.

Mais ce qui nous a le plus intrigué dans l’un de textes consultés, c’est que les professionnels du Musée ont dû apprendre à connaître cette nouvelle clientèle que représentaient les résidents :

Au Musée, nous avons l’habitude d’identifier un thème et d’organiser un dispositif sous forme d’exposition avec tous les moyens qui l’accompagnent pour favoriser sa compréhension (…). Il est clair que nous avons dû fonctionner avec cette clientèle que nous ne connaissions pas. La moyenne d’âge des résidants est de 85 ans. Il est donc aussi à prévoir une mise à niveau régulière de ce magasin de souvenirs afin de refléter la réalité de la vie des gens âgés (3)

Ainsi, lorsque l’on parle d’empowerment des personnes âgées, il ne faudrait jamais oublier la part importante que prend la réminiscence. Mais ce projet qui porte fruit nous rappelle aussi qu’il est très difficile de se mettre dans les souliers des personnes âgées quand vient le temps de créer un milieu de vie intéressant…

REFERENCES

(1) Voir CHARPENTIER, Michèle, avec la collaboration de Maryse Soulières, Vieillir en milieu d’hébergement. Le regard des résidents, Presses de l’université du Québec, 2007.

(2) BOUCHARD, Martin, « Quand le passé aide le présent », Synergie, octobre-novembre, 2012, p. 33.

(3) LEFEBVRE, Michel, Réminiscence. « Le Musée des civilisation fait parler les aînés autour du magasin général », mars 2012.
http://mediationculturelle.culturepourtous.ca/articles/reminiscence/

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