LE SAVOIR EXPÉRIMENTAL DES RÉSIDENTS AU SERVICE DES GESTIONNAIRES DE RPA

Les résidences d’aînés ont beau appartenir au secteur privé, il n’empêche qu’elles sont liées au système de santé, mieux encore elles en sont une composante majeure. On l’a dit déjà et il n’est pas superflu de le dire à nouveau. En d’autres termes, certaines initiatives provenant du secteur public peuvent être inspirantes pour les RPA et le contraire est aussi vrai.

Voici un exemple d’une initiative provenant du secteur public qui pourrait bien inspirer les gestionnaires de RPA, et qui fait état d’une « tendance incontournable ». Cette tendance incontournable est décrite dans un article paru dans le tout dernier numéro de Synergie, la revue de l’Association québécoise d’établissement de santé et services sociaux (AQESSS) et qui traite plus spécifiquement de l’utilité, pour le professionnel de la santé, du savoir expérimental des patients (1).

Et en premier lieu, quel est donc ce savoir expérimental que possèdent les patients? On pourrait dire succinctement que l’expérience de la maladie par ces derniers peut être une source considérable d’informations pour le médecin qui doit les soigner.

« Le savoir du patient se construit, (…). C’est un savoir brut, qui n’est ni organisé, ni structuré. Il est certes plus facile à analyser dans les cas de maladies chroniques, mais il suffit que vous ayez vécu une dizaine d’otites avec votre enfant pour que vous ayez également bâti une façon de réagir. Avec de l’expérience, on gagne en potentiel de compréhension. » (1)

Il ne s’agit donc pas d’un savoir que possède le médecin même avec sa longue formation. L’article décrit en effet comment les connaissances du patient peuvent éclairer celle du médecin.

Et ce qui nous intéresse particulièrement dans cet article est qu’il concerne plus spécifiquement les personnes qui souffrent de maladie chroniques. En effet,

« Plusieurs médecins en positions de leadership en termes d’évolution des programmes d’éducation réalisent qu’on entre dans un nouveau paradigme global de la maladie chronique, (…), alors que la plupart des milieux de soins sont encore axés sur les soins aigus » (1) (p. 29)

On serait donc en droit de penser que les personnes âgées puissent constituer de bons sujets puisque, comme on le sait, à mesure que l’on vieillit, les maladies chroniques tendent à se manifester, voire à se multiplier! On pourrait rétorquer que de nombreuses personnes âgées ne peuvent plus communiquer par elles-mêmes. Mais les proches aidants, eux, le peuvent!

Ainsi donc, en écoutant les patients, on peut apprendre à mieux les servir. Voilà un principe que l’on entend souvent mais qui est rarement mis en pratique, non pas parce que nous ne voulons pas écouter les patients, mais simplement parce qu’il faut une infrastructure, à la base. L’article de la revue Synergie confirme qu’il est possible d’intégrer le savoir des patients dans celui des médecins soignants. Mais comment appliquer ce même principe aux RPA ou, dit autrement, comment faire en sorte que les employés de RPA soient en mesure d’intégrer dans leur pratique le savoir des résidents? Voici un autre article qui décrit, celui-là, le travail des spécialistes en ressources humaines (2).

On y apprend que l’apport des résidents peut grandement faciliter leur travail. Comment? Simplement en les faisant participer au travail d’embauche! Selon l’article consulté, l’expérience aurait été tentée dans une RPA du Connecticut puis reprise dans une CHSLD de Montréal-Est : Depuis un an, deux résidents participent aux entrevues des préposés aux bénéficiaires. Et les résultats sont éloquents :

« Depuis le début du projet, le roulement de personnel a diminué d’environ 1,8% et le taux de réussite de la période de probation des employés est en hausse. Environ 10% des candidatures ne sont pas retenues » (2).

Comment expliquer cette réussite? Même si cet article que nous venons tout juste de citer ne parle pas, comme dans le précédent, d’un savoir expérimental, n’y aurait-il pas lieu d’en parler? Car il est évident que les deux résidents qui participent aux entrevues d’embauche possèdent ce savoir expérimental qui aide le ou la spécialiste en ressources humaines à faire son travail… et à mieux performer en tant que professionnel! D’ailleurs, l’un des résidents s’exprime ainsi :

« Lorsque la personne n’est pas capable de me regarder dans les yeux quand elle me parle, c’est mauvais signe » (2)

Évidemment, cette réflexion est logique venant d’une personne qui nécessite des soins et pour qui la confiance envers son ou sa préposé(e) est primordiale. Mais comment une personne chargée de l’embauche et même diplômée des plus grandes écoles peut-elle le savoir à moins de se retrouver dans la même situation?

D’autre part, pour le cas des CHSLD et des RPA, on sait qu’une partie de la clientèle n’est pas en mesure d’éclairer de cette façon les professionnels. Mais ce n’est pas une raison pour ces derniers de nier le fait qu’une partie de leurs connaissances professionnelles provient précisément de ceux ou celles qu’ils veulent « aider » ou soigner.

Il ne s’agit pas évidemment de nier les compétences issues des études longues et opiniâtres. Il s’agit simplement de rappeler qu’une partie du savoir professionnel provient de la clientèle desservie. Mais si vous regardez présentement l’évolution, vous constatez que les principaux intéressés ont bien peu voix au chapitre et l’une des causes de cet état de fait semble être la bureaucratie qui laisse peu de place à ce genre de dialogue (2). Et de fait, le médecin traditionnel n’est-il pas aussi astreint à cette bureaucratie qui lui dicte en quelques sortes les principes qui sous-tendent sa pratique professionnelle? Et si c’est le cas pour les médecins, comment en serait-il autrement pour les autres professionnels? Toute une réflexion qui dépasse les préoccupations bureaucratiques pour rejoindre celle de la pratique voire de l’éthique professionnelles semble être nécessaire.

Le savoir des résidents peut être transférable. Il s’agit non seulement d’une valeur ajoutée dans la formation des professionnels œuvrant dans les RPA mais aussi d’une exigence qui deviendra sûrement, dans les années à venir, incontournable!

(1) BÉRUBÉ, Jade, « Le patient citoyen : l’avenir du réseau? », Synergie, avril/mai 2013, pp. 26-29.
http://www.aqesss.qc.ca/1775/Synergie.aqesss

(2) ARCHAMBAULT, Héloise, « Les résidents embauchent »,
http://www.journaldemontreal.com/2013/03/30/les-residents-embauchent

 

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