L’ACCESSIBILITÉ ET LA VARIÉTÉ COMME NORMES DE QUALITÉ DES RÉSIDENCES POUR PERSONNE ÂGÉES?

Il semble bien que parler de l’offre et de la demande dans le milieu de l’hébergement pour aînés soit tabou. Et c’est normal. Car ce côté mercantile des RPA peut faire problème aussi longtemps qu’il y a abus. Mais l’un des apports de la certification étant d’avoir augmenté la qualité dans les RPA, comme l’a souligné un article récent (2), on accepte de plus en plus cette nature mercantile des RPA si bien que des chercheurs les considèrent désormais comme « essentielles » (1).

Qu’est-ce donc qui a changé dans l’offre et la demande depuis la certification? Nous parlerons ici d’une recherche effectuée entre 2010 et 2012 en Estrie et en Montérégie qui visait à évaluer l’apport de la certification sur la qualité des RPA, et qui a fait l’objet d’un article récent (2). On peut y trouver matière à réflexion….

Si la qualité a augmenté depuis l’avènement de la certification, il semble que cette évolution s’est accompagnée d’un déplacement de l’offre vers un type bien précis de résidences d’aînés, car, comme on le sait, de nombreux propriétaires de petites résidences ont dû fermer leur porte, ou, pour utiliser l’expression des chercheurs, ont dû « faire un choix d’affaires (2) (p.56).

Au-delà de ce phénomène bien connu des fermetures de résidences, les chercheurs ont poussé plus à fond leurs recherches et ont réussi à dégager une sorte de « mouvement » qu’ils ont bien décrit dans leur étude et que nous citons ici en intégralité :

« Selon les données extraites du registre des RPA, le Québec comptait 919 RPA de moins de 10 unités le 3 mars 2008, soit un an après le démarrage de la première ronde de classification. Ce nombre a chuté de 312 en six ans pour atteindre 607 en mars 2014, soit une baisse de 33,9%. Pendant ce temps, le nombre total de résidences passait de 2279 à 1947 (-14,9%) tandis que le nombre d’unités d’habitation augmentait de 95 742 à 111 150 (+ 16,1%) »(2) (p.55).

Ainsi, « au cours des dernières années, le marché des RPA s’est nettement déplacé vers les résidences de 100 unités et plus » (2) (p.; 56). Ce mouvement s’explique aisément puisque les grosses résidences font plus de profits et sont donc en mesure de répondre plus facilement aux exigences parfois très coûteuses de la certification.

La certification créerait donc une sorte de sélection naturelle au sens darwinien du terme (ou plutôt artificielle puisqu’elle résulte du processus de certification) qui tendrait à changer le paysage de l’hébergement privé pour aînés. N’y a-t-il pas là danger d’une réduction de la variété et de l’accessibilité pour les personnes âgées? Une journaliste ne s’y est pas trompée :

« Les aînés qui préfèrent un environnement de type plus familial et ceux qui habitent une région rurale où il n’est pas rentable d’ouvrir une grosse RPA sont particulièrement touchés par ces fermetures » (3).

Et pourtant, on a déjà dit que l’un des avantages du secteur privé est d’offrir une variété de produits, répondant aux multiples besoins d’un vieillissement diversifié :

« Le développement du secteur privé en hébergement comporte des avantages certains, principalement celui de la diversité des ressources et des services offerts : chambres, appartements, petits et grands milieux, possibilité d’essai de quelques jours, hébergement pour les couples, etc. (Dubuc et al., 2009). Cette flexibilité et cette créativité dans l’offre de services, de façon à répondre le plus adéquatement aux besoins des résidents, est souvent difficile à rencontrer dans le secteur public, normé et réglementé à l’excès. (1) (p.17)

La qualité devrait donc se retrouver aussi, par exemple, dans des résidences plus petites, plus « familiales », moins dispendieuses et situées dans des régions rurales.

Si on pousse le raisonnement à son extrême, on en vient donc à un produit de plus en plus coûteux (et on sait que les RPA sont déjà trop dispendieuses pour de nombreuses personnes âgées) et de plus en plus élitiste. Devant ce rétrécissement de l’offre des RPA, d’aucuns reviennent invariablement aux soins à domicile (3), ce qui, évidemment, ne règle pas nécessairement le problème si on se rappelle que même les soins à domicile ont des quotas (5) …

Et si l’offre tend lentement à se modifier, qu’en est-il de la demande? Si on se tourne vers les « futurs vieux », les baby-boomers, il semble qu’ils sont satisfaits de cette augmentation de la qualité et de la sécurité dans les résidences d’aînés :

« En contribuant à rehausser la sécurité des aînés résidents en RPA et la qualité des soins qu’ils y reçoivent, elle a du même coup concouru à satisfaire les baby boomers, qui ont des attentes plus élevées que leurs parents quant à leur conditions de vie à la retraite » (2)(57).

Mais il faudrait savoir si tous les baby-boomers désirent vraiment vivre dans de grosses résidences en ville et s’ils auront tous les moyens de s’offrir un de ces « petits paradis », d’autant plus que, comme le constate une journaliste,

« 38% des baby boomers atteignent aujourd’hui la retraite dans un état de grande précarité, contre 10% en 2001-2002 » (4)

On imagine certains baby-boomers devenus itinérants grappillant quelques sous à côté d’une résidence rutilante dans laquelle ils n’ont pas les moyens de vivre. L’image est évidemment sensationnaliste mais l’itinérance est désormais le lot de plusieurs baby-boomers et le mouvement semble augmenter, comme le confirme une recherche récente (4), ce qui contribue à tempérer l’image du futur résident riche et prospère…

Force est de constater avec les auteurs de cette recherche que la certification des RPA est « un processus évolutif » (2) (p.53). Et on peut rappeler que cette étude a été effectuée entre 2010et 2012…

En 2015, les propriétaires de résidences d’aînés à qui nous parlons déplorent l’alourdissement du processus de renouvellement de la certification et l’augmentation des frais. Et le drame de l’Île Verte a contribué à augmenter cette crainte des resserrements des normes qui vont aboutir à des dépenses supplémentaires pour continuer à opérer une résidence d’aînés…

Quelle sera la suite de cette évolution? Pour la saisir, il faudra sans doute suivre l’évolution tant de l’offre que de la demande.

Et il faudra bien convenir qu’un jour, la variété des formules d’hébergement et leur accessibilité seront des normes de qualité à ajouter à celle que la certification a définies jusqu’à maintenant et un idéal vers lequel le milieu de l’hébergement privé pour aînés devra tendre…

(1) Regroupement provincial des usagers, L’hébergement pour les personnes en perte d’autonomie au Québec. Des enjeux et des parcours difficiles pour les personnes concernées (Rédaction : Maryse Soulières, ts, et Geneviève Ouellette, ts), 4 décembre 2012.
http://www.rpcu.qc.ca/pdf/publications/rpcu_etat_de_situation_2012-12-04.pdf

(2) DEMERS, Louis, BRAVO, Gina, DUBOIS, Marie-France et Nicole DUBUC, « La certification des résidences privées pour aînés et la réponse aux besoins des retraités », Vie et vieillissement, Vol.12, No.2 (2015), pp. 51-58. (Je remercie ma collègue Johanne Cottenoir de m’avoir aiguillé sur cet article)
http://www.aqg-quebec.org/docs/Revue/Volume_12/VetV_vol12_no2_CertificationResidences.pdf

(3) KROL Ariane, « Où iront les aînés »
http://plus.lapresse.ca/screens/505f7820-b209-4384-aa8d-c8d0a0e859fb%257C_0

(4) DUCHAINE, Gabrielle, « De plus en plus de baby boomer à la rue »
http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201309/22/01-4692019-de-plus-en-plus-de-baby-boomers-a-la-rue.php

(5) NADEAU, Jessica, « Des quotas pour les soins à domicile »
http://www.ledevoir.com/societe/sante/438137/projet-de-loi-20-les-soins-a-domicile-compromis

ptBRP

RÉSIDENCES POUR PERSONNES ÂGÉES À VENDRE – CLIQUER ICI

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :